"Je chante et je conte, pour ne pas perdre le compte." Cantu e cuntu – R. Balistreri

Nous les immigrés, nous les accueillants


En tant qu’humanité – à peine entrée au XXIème siècle – nous possédons des outils technologiques toujours plus avancés pour ce qui concerne la communication, les échanges de données et leur disponibilité. Pourtant cela, nous le constatons désormais, manque d’un élément essentiel entre êtres humains : la poésie.
Il faut mieux définir, car pour poésie nous n’entendons pas seulement « des vers énigmatiques, fort probablement magnifiques, sur une feuille de papier » : on veut parler de l’ « acte poétique ».

Dans cette époque dominée par une multitude d’ « actes économiques », d’ « actes politiques », mais surtout d’ « actes scientifiques », nous nous sommes distraits, sans plus nous rendre compte vraiment que la balance de la vie n’est plus en équilibre.

L’acte poétique (l’acte créatif, d’amour, etc…) est un mouvement vers la vie, vers une remise en question permanente du « Qui suis-je ? », pour atteindre quelque chose de presque impossible mais toujours souhaitable.

A notre humble avis, les actes poétiques majeurs de ce début de siècle sont les migrations. Ces migrants, êtres humains, qui sont obligés de réinventer leur vie et qui, pour la réinventer, se retrouvent à passer par des déserts, des camps de prisons, des tortures, des viols, des traversées, des rejets, de la soumission, de l’exploitation…. Et malgré toutes ces épreuves, ils gardent avec eux un sourire intérieur, cette fleur de vie qui leur permet de continuer à se battre, et à vivre.

Mais quel est notre ressenti, notre vérité ?

C’est vers eux que nous pointons le doigt, eux qui n’ont plus rien mais qui en fait pourraient avoir tout.

C’est pour nous que nous devons réinventer notre façon de ressentir, faire avec eux notre voyage, notre migration vers une redécouverte du langage du silence, du langage de la parole, du langage du corps.