La culture Arabe en Sicile

 De quelle façon les Arabes ont changé et influencé la Sicile?

 

Sicile Arabe

 

Si l’on considère l’aspect géographique, nous remarquerons immédiatement comment la Sicile est bien plus proche de l’Afrique du Nord que de Rome. Certaines des plus grandes civilisations au monde venaient de là; beaucoup d’entre elles arrivèrent en Sicile depuis l’Orient et transformèrent pour toujours la mentalité et la culture de l’île.

Ceci surtout parce qu’une grande partie de ces invasions furent pacifiques. L’intention étant bien de conquérir le territoire, mais sans  anéantir ses caractéristiques et les coutumes de ses habitants car l’objectif principal était plutôt celui de les nourrir et de les intégrer.

Il suffit de penser aux influences que les Grecques, mais également les Arabes et les Byzantins, laissèrent et qui peuvent  aujourd’hui encore être perçues: de l’architecture à la cuisine, en passant par la toponymie des rues et des routes ainsi que pour certains noms de famille.

D’un point de vue géologique, il semblerait en effet que la Sicile n’ait jamais été attachée à la « botte » (la péninsule italienne, ndt.), mais qu’elle ait été plutôt un « morceau » d’Afrique, qui pourrait correspondre au golfe de Sirte en Lybie.
Les Arabes arrivèrent en Sicile au IXème siècle, et leur influence demeura forte jusqu’en 1492, année fatidique où Ferdinand II d’Aragon dit le Catholique, roi d’Espagne, décida de chasser de l’île tous ceux qui n’étaient pas Chrétiens: les Arabes et les Juifs.

En effet, sous la domination des vice-rois espagnols, l’île sicilienne connût une des périodes plus tristes et pauvres; avant avec le royaume « des Seigneurs » et ensuite avec l’institution de l’Inquisition.
Pendant cette période le peuple fut privé de toute forme d’enrichissement culturel et d’initiative politique.

Au XVI siècle tout comme pendant l’époque Romaine, la Sicile fut une province féconde seulement à une exploitation intense du marché du travail (spécialement pour le travail agricole et ensuite pour celui commercial), sans rien de plus.
Tout le contraire de ce qui arriva pendant le règne de Frédéric II, ou même avant la Maison des Hauteville, lorsque les Chrétiens et les Arabes vivaient pacifiquement sous un même toit (ou sur un même sol), en l’enrichissant et en l’améliorant.

« Palermo-Zisa-bjs-1 » par Bernhard J. Scheuvens aka Bjs
« Palermo Zisa » par Bernhard J. Scheuvens aka Bjs

Des témoignages de cette cohabitation réussie nous pouvons les apercevoir dans certains noms d’origine Arabe comme Alcamo, Marsala, et Favara. A Catane on retrouve une localité dénommée Caito, près du bord de mer, dont l’étymologie viendrait du mot « Kaid » ou « Al Kaid », qui désignait avec de fortes chances le palais administratif islamique.

Sans parler des structures, des sépultures sacrées et des édifices comportant des coupoles, dénommés « cuba », ou des villes et localités lequel nom commence par le toponyme « Cala » comme Caltagirone ou Calatafimi.

A Palerme nous trouvons « La Zisa« , qui comme l’indique le nom même est un palais merveilleux, majestueux; a Catane, également, on retrouve un quartier dénommé « Zia lisa », dont on soupçonne pouvoir être une déformation du même terme arabe.

Le mot « mafia » également semblerait être d’origine orientale.
Le chercheur Antonio Di Gregorio avance l’hypothèse que le mot mafia soit composé par « Afia » signifiant force, alors que la lettre « M » aurait ici la fonction adversative, soit « non ». Il est donc possible que le terme mafia fut employé initialement pour signifier « non-fort » « non-autoritaire »; et beaucoup de chercheurs soutiennent que la mafia n’était pas comme celle qu’on connait aujourd’hui; mais qu’au fil des siècles elle ait subi une transformation en étant à ses débuts au service du bien commun, née en soutien du peuple et contre la toute puissance des seigneurs locaux.

Aussi, les influences arabes sont tout particulièrement évidentes au sein de la culture gastronomique sicilienne. Il suffit de penser au cous-cous plat typique de la zone de Trapani et de Marsala; et puis encore à la « cubbàita », c-à-d la granité (un sorbet à base de glace pilée ndr), qui a été importée par les Arabes.

En Sicile on trouve aussi les « arancini » et le « crespelle » farcies qui ressemblent un peu au falafel turque/libanais; même discours pour le pain et les « panelle » qui sont souvent préparées avec de la farine de pois-chiches, un ingrédient souvent utilisé dans la cuisine orientale.

Il semblerait également que les « cannoli » fussent d’origine arabe, tout comme la « cassata » que les islamiques appelaient « qas’a’ « . Les « katayef » aussi sont proches des « cassatelle » ou des « panzerotti dolci », et dans tout le monde arabe il est coutume de préparer des délicieuses salades de poivrons et aubergines semblables à la « caponata » ou à la « peperonata ». Sans parler de l’utilisation des graines de sésame, pour les plats sucrées et des produits cuits au four (par ex. sur le pain), et qui est un ingrédient typique de la cuisine Balkanique. Le mot pour indiquer le sésame en sicilien lui-même est d’origine arabe: la « giuggulena »; même discours pour le safran, soit côté toponyme que côté culture.

De nombreuses plantation on effectivement été introduites en Sicile par les Arabes comme le sucre, les bananes et sans oublier le « zibibbo ».

Nasreddin_(17th-century_miniature)Mais la culture arabe se noue aussi inextricablement avec la littérature de l’île à travers le personnage de Giufà, dont l’équivalent franco-arabe serait « Nasr Eddin Hodja« .

« Giufà » en arabe « Giuha » ou « Djeha », est le masque-symbole de la Sicile. Jeune maladroit et un peu fainéant mais aussi drôle et joyeux, on retrouve sur ce personnage de nombreuses histoires qui rapprochent le personnage sicilien à celui originaire arabe. Ces histoires ont fortement influencé la production traditionnelle orale et ancienne de la Sicile.

Certains pensent aussi que la culture arabe puisse voir influencé le reste de l’Italie, beaucoup plus de ce qu’on pense ou qu’on sache au jour d’aujourd’hui. Par exemple à travers l’introduction des articles dans la langue vulgaire d’antan, ou à travers l’aspiration de la lettre « C » qu’on retrouve dans le dialecte toscan, dialecte qui est à l’origine de l’Italien.

Dante Alighieri lui même avait affirmé qu’il avait beaucoup apprécié les écrits siciliens venant de l’école de Frédéric II, étants de fait les premiers exemples de langue vulgaire en Italie. Risalat al-ghufran oeuvre de Abu-l-Ala al-Maari, écrivain syrien, semble même avoir été prise comme idée de départ pour la réalisation de la Divine Comédie de Dante; cependant au jour d’aujourd’hui aucune preuve au soutien de cette thèse n’a encore été trouvée.

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