Projet d’éducation artistique – La « mafiosité » autour de nous

« Si l’oeil ne s’exerce pas, il ne voit pas
Si la peau ne touche pas, elle ne sait pas
Si l’homme n’imagine pas, il s’éteint. »
Danilo Dolci, Le citron lunaire

Présentation du Projet

Comment faire comprendre aux jeunes ce que sont la mafia et les types de criminalité parallèles, si eux ne sont pas concernés directement, si l’action criminelle est « invisible » à leur vécu quotidien et implique que très marginalement leurs sphères sociales ?

Y a-t-il en France – et en Europe – une réflexion suffisamment approfondie pour donner aux nouvelles générations une représentation correcte, non seulement des organisations criminelles, mais du comportement mafieux potentiel présent en chacun de nous ? Car les jeunes connaissent peu la mafia et son histoire, son terreau de croissance et c’est souvent un faible écho provenant de discussions qu’ils n’arrivent, dans la plupart des cas, pas à déchiffrer.

Tout au contraire, leurs sentiments et leurs émotions sont souvent submergés et proie facile des scénarios de séries télé et de films qui, avec leurs langages et personnages ambigus, ouvrent à des identifications contradictoires et dangereuses. C’est ainsi qu’on peut arriver à un périlleux mélange qui ne fait plus la distinction entre les personnes (leurs histoires et leur tragédies personnelles) d’une part, et la gravité des actes commis de l’autre.

La mafia et les organisations criminelles ne seraient pas possibles sans un comportement mafieux, une « mafiosité ». Cela est le résultat d’une culture et d’une attitude qui impliquent, aux sein des contextes sociaux et des relations qui les constituent, le partage de comportements de domination (prévarication), de violence et d’omerta.

Il est donc indispensable d’introduire un travail d’information et de prise de conscience, où l’on invite les jeunes adolescents à se sentir impliqués et à comprendre, en tentant de reconstruire et de contextualiser les événements historiques et actuels. L’élaboration de ce travail, mené éventuellement avec la collaboration d’un ou plusieurs professeurs, doit amener à une réflexion constante qui se veut profondément poétique et artistique, porteuse des valeurs d’honnêteté intellectuelle, d’empathie et de communauté.

C’est pourquoi nous avons choisi la figure de « Peppino » Impastato pour initier les jeunes à la découverte et à un début de compréhension de ce vaste sujet.

Giuseppe (« Peppino ») Impastato est devenu en Italie, un des symboles les plus importants de la lutte contre la mafia. Malgré l’environnement totalement possessif et malsain dans lequel il grandit, en lui existe cette lueur mystérieuse, cet espoir et cette confiance dans un monde meilleur qui le guident et qu’il le font se battre tout au long de sa vie. Il est assassiné le 9 Mai 1978 (à l’age de 29 ans) et son meurtre déguisé en acte terroriste suicide. La vérité ne sera rétablie que 24 ans plus tard, lors de la condamnation définitive des commanditaires de l’assassinat.

Cependant son message est tellement vrai et puissant que sa mère et tous ses proches réussissent inlassablement, année après année, à se battre et non seulement à faire condamner les responsables de son meurtre mais également à créer un réseau d’initiatives de lutte contre la mafia.

Les phases du Projet

Première phase – Découverte et Information

1 – Qu’est-ce que la mafia ?

C’est une question posée aux élèves sans jugement, sans introduction, « à brûle pour-point », pour tenter de les sensibiliser sur quelle est leur perception de ce phénomène. Les images et les sensations que cela leur évoque.
En recueillant les informations en possession par chacun d’entre eux et leurs sentiments (qu’ils soient faux ou pas), nous constituons une mémoire collective de départ à un premier approfondissement.
Exemples de travail :

  1. Travail individuel de rédaction sur une trace de ce type « Invente et raconte une histoire de fiction qui relate un fait de Mafia »  et mise en commun avec une lecture de chaque travail.
  2. Travail en groupe de 2/3 élèves de rédaction sur le mot mafia. Ce travail peut se décliner en la rédaction d’un brainstorming de mots, une mini pièce de théâtre, une histoire écrite à plusieurs mains. Mise en commun.

Les élèves seront amenés à débattre et à échanger les ressentis et a dialoguer avec les artistes/intervenants pour mieux cerner les aspects qu’ils ne leur paraissent pas assez clairs.

Pourquoi se questionner sur la mafia ?

La question se pose si nous ne sommes pas directement intéressés au problème. Nous vivons dans un pays ou l’explication des mécanismes de la criminalité organisée et ses origines ne sont pas traités suffisamment en profondeur.
Ramener l’attention des jeunes sur des thèmes qui sont de plus en plus déviés par la plupart des médias et de la production télévisée est d’une importance capitale, pour réussir à redéfinir l’importance d’une recherche constante et continue de la vérité.
La définition de comportement mafieux et la reconnaissance des équivalents dans la société d’aujourd’hui est un point crucial.

2 – Histoire de Giuseppe « Peppino » Impastato

Après ce premier travail de prise de conscience et d’échange avec les élèves, nous voulons contextualiser ce mot : « mafia ». Que signifie-t-il dans la vie de tous les jours, d’un enfant, d’un adolescent, d’hier et d’aujourd’hui ? La mafia est-elle vraiment comment nous la présentent les fictions dont les jeunes sont si friands ?

La vie de Giuseppe Impastato, son activité et surtout son humanité sont le chemin que nous avons choisi pour tenter de répondre au moins en partie à ces questions. À travers son histoire et les ramifications qu’elle implique, nous mènerons les élèves à des étapes de réflexion, d’élaboration et de création.

Nous commencerons avec une proposition cinématographique avec le film « I Cento Passi » (réalisé par Marco Tullio Giordana en 2000), suivie par un moment dédié au débat sur le film.
Au cours des séances suivantes les élèves seront amenés à faire un travail d’approfondissement pour réfléchir à des thématiques nouvelles qu’ils n’auront pas encore abordées ou pas assez approfondies.

Les thématiques d’approfondissement principalement privilégiées seront :

  • Vivre la mafia au quotidien : les relations au sein de la famille, du quartier ;
  • Les origines de la mafia ;
  • La Musique et la mafia (les instruments, les « cantastorie », chansons de lutte et de révolte) ;
  • La mafia qui s’exporte en France et en Europe ;
  • Bien comprendre l’omerta et les implications dans la vie courante.

Deuxième phase – Création

Nous entrons ici dans la phase où les élèves, avec les informations reçues et intégrées, commenceront l’élaboration et la restitution des informations apprises sous forme d’une œuvre qui intégrera les différentes publications.

La classe, avec l’aide des animateurs et du professeur référent, pourra orienter la création en fonction de ses projets. Le travail pourra être subdivisé en groupes au sein de la classe afin de permettre un travail collectif plus dynamique et inviter les élèves a échanger entre eux. Les groupes constitués auront comme objectif celui d’aboutir à une facette du projet global, qui sera une restitution publique sous différentes formes.

En effet, lors de la conclusion du travail il est possible d’envisager une restitution sous forme de spectacle avec les œuvres crées par le groupe d’élèves (lecture des textes, projection de la vidéo, représentation musicale).

Groupes de travail

Les connaissances acquises lors du premier temps de travail permettrons aux élèves , en se réunissant en différents groupes, de diriger leurs travaux vers ce qui les passionne le plus, toujours en accord avec les indications du professeur et des animateurs.

Les élèves sont amenés à travailler ensemble pour la création d’une œuvre collective de rédaction qui peut se décliner sous différentes formes. Quelques exemples :

  • Un court scénario théâtral mettant en scène un fait de la vie de « Peppino » Impastato ;
  • Un recueil de nouvelles, une par élève, qui soient liées par un thème commun (un personnage, un fait historique, une succession d’événements, etc.) en lien avec la mafia ;
  • Un travail journalistique collectif (enquête sur des faits mafieux pas encore résolus ; interviews au sein de l’entourage des élèves pour « mesurer » le degré de conscience du thème de la mafia ; etc…).
Extra – Groupe de travail : Musique

Les élèves passionnés par la musique, ayant déjà une pratique musicale (ou un intérêt à découvrir le chant ou les percussions) et souhaitant se pencher sur une création musicale, pourront mettre leur sensibilité artistique à l’œuvre pour créer un morceau musical à partir d’un texte relatif au personnage de Peppino.

Troisième phase – Diffusion et Publication

Le dernier temps du projet voit la présentation des créations collectives des élèves (écrites, vocales, musicales, etc.) lors d’un événement public.

1 – Diffusion et représentation

Ce « spectacle » sera une restitution de ce que les jeunes auront appris au sujet du personnage de Peppino Impastato et du risque de « mafiosité » dans nos espaces quotidiens (écoles, lieux de travail, famille).
Il pourra prendre différentes formes, après accord entre les animateurs et le/les professeurs référents.
Idées de représentations :
Une lecture des textes collectifs avec des entre-temps musicaux ;
Mise en scène des textes en trouvant un fil commun (chronologique, thématique, etc.), qui puisse raconter l’expérience vécue par les élèves ;

2 – Pérennisation du projet

Mise en ligne de tout le matériel (textes, audio, vidéo, photo) sous un site Internet dédié au projet et inviter les élèves qui le souhaitent à maintenir le site à jour avec des publications régulières.
Ouvrir une possibilité d’échange avec des élèves de lycées siciliens, pour favoriser l’apprentissage de la langue et de la culture.

Moyens de réalisation du Projet

Notre volonté, avec ce dossier, est de présenter un projet le plus complet possible, traitant d’arguments qui peuvent être également inclus, sous différents aspects, au sein du programme scolaire.Carte-Sicile-en-Arabe
Bien entendu il sera conseillé d’avoir une concertation avec la structure partenaire et le corps enseignant pour la définition, de la durée du projet (nombre d’interventions et/ou d’heures de présence avec les élèves) et des contenus à aborder.

1 – Durée du projet

La durée du projet devra être fixée avec les enseignants participant à l’initiative.
Dans l’idéal nous souhaiterions, pour aboutir à une création et un dialogue optimal avec les élèves, que le projet s’étende sur l’année scolaire entière. Cependant, il est tout à fait possible de concevoir un projet plus court, avec une concertation entre l’institut intéressé et les intervenants.

2 – Constitution du groupe d’élèves

Le groupe d’élèves peut se constituer soit dans une classe, soit sous la forme d’un cours en option ou les élèves s’inscrivent pour y participer.

3 – Outils nécessaires à la réalisation du projet

L’association met à dispositions tous les outils en sa possession (documentations, appareils multimédia, instruments musicaux) jugés utiles pour le développement du projet.
Aussi, le développement d’un éventuel blog, pourra être hébergée sur le domaine http://cantuscanti.org.
Au sein de l’établissement il sera nécessaire d’avoir l’accès à une salle assez grande pour accueillir les participants au projet ; un vidéoprojecteur ; l’accès à Internet.

4 – Articulation Intervenants/Enseignants

Le développement du projet peut être intégré avec des temps de dialogue en collaboration avec les enseignants des différentes matières, surtout lors du deuxième temps du projet.
Possibles collaborations avec des enseignants :

  • En informatique et outils multimédia :
    • Introduction à la recherche sur Internet (débat sur les « fausses informations » ; apprendre à créer un esprit de recherche critique)
    • Recherche et organisation des données recueillies (ex : un blog, site internet) et pour des montages audio et vidéo ;
  • En histoire et géographie pour contextualiser des informations et les situer géographiquement et temporellement en les comparant avec les événements de l’histoire Française ;
  • En Français (et/ou Italien) pour la correction de travaux de rédaction et l’exploration de différents styles d’écriture (narratif, journalistique, judiciaire, etc.) ;
  • Enfin une collaboration transversale sur un travail d’Éducation Civique, applicable à chaque matière.

5 – Liens avec le programme scolaire

  • Enseignement Moral et Civique :
    • Pratique du débat et du dilemme moral ;
    • Informer et agir sur le climat scolaire (victimisation, inégalités, responsabilité collective) ;
    • Responsabilisation des élèves et engagement vis à vis des valeurs acquis ;
    • Importance des pratiques partenariales (collectivités territoriales, associations, etc.) ;
  • Pratiques artistiques :
    • L’éducation artistique pour faire (pratiquer), éprouver (rencontrer), réfléchir (s’approprier) ;
    • Interdisciplinarité des projets artistiques ;
    • Articulation du concret et de l’abstrait.
  • Langues Vivantes (Français et Italien)
    • Cycle 3
      • Rédaction (narrative, journalistique, etc.)
      • Ancrer l’apprentissage dans la culture ;
      • Les festivités commémoratives, et autres journées d’action ;
    • Cycle 4
      • Quelques figures historiques, contemporaines;
      • Présence des langues dans l’environnement proche et dans les parcours familiaux ;
      • Exil, migration et émigration ;
      • Modes de vie, tradition, histoire et institutions.
  • Histoire et Géographie :
    • La Sicile au milieu de la Méditerranée et son importance géographique au cours de l’histoire ;
    • Développement de la mafia (et des autres criminalités organisées) de la fin du XIXe siècle à nous jours (et relations avec l’histoire étudiée au programme) ;
    • L’européanisation et mondialisation de la Mafia suite aux processus de reconstruction de l’après-guerre (après 1945).

Sources

ÉDUCATION :

CENTRES DE DOCUMENTATION :

LIVRES :

  • Lunga è la Notte – G. Impastato
  • Derrière la Drogue – U. Santino, G. La Fiura
  • Breve storia della Mafia e dell’Antimafia – U. Santino

FILMS :

  • I Cento Passi – M. Tullio Giordana
  • Felicia Impastato – G. Albano

ARTICLES, RADIO, TELEVISION :